dimanche 18 janvier 2015

La terre des mensonges

tome 1 : Domaine étranger
D’Anne B. Ragde :

Quatrième de couverture :

Quelques jours avant Noël, en Norvège, dans une ferme délabrée de Trondheim, la tyrannique Anna Neshov se meurt. Ses trois fils, leur père, ombre fantomatique et Torunn, l’unique petite-fille, se retrouvent alors pour la première fois pour une confrontation explosive où éclateront les drames secrets dont sont tissées leurs vies…

Mon avis :

J’ai enfin l’occasion de lire ce roman. Offert par mes parents à l’occasion d’un noël, et ayant lu beaucoup d’avis positif sur le sujet, je désirais fortement le débuter. Allant même jusqu’à acheter la suite d’avance, sans savoir si j’allais l’aimer.

Parlons couverture :

Elle représente bien l’idée que je me fais d’un corps de ferme Norvégien. Cette façade rouge est tout simplement superbe, et je me suis prêtée à l’imaginer tout au long de ma lecture (même si l’état de décrépitude à l’intérieur de la maison, décrite dans l’histoire, souligne la vétusté et la saleté des lieux).

Parlons contenu :

La terre des mensonges : domaine étranger, est le premier tome d’un best-seller Norvégien. Un roman attachant et étonnant, qui nous embarque dès les premières lignes. Tout du moins, cela fut mon cas.

La famille Neshov, n’est pas à proprement dit, une famille idyllique. Les frères Neshov, Tor, Margido et Erlend, ne se sont pas reparler depuis que le plus jeune de la fratrie est parti, suite à une dispute survenu entre lui et la mère. Son homosexualité n’ayant jamais été comprise et toléré, Erlend s’est éloigné et n’a plus donné signe de vie. Jusqu’au jour où le téléphone se met à sonner. Son frère, Margido, lui annonce que leur mère est à l’hôpital, et qu’elle n’en a plus pour bien longtemps à vivre.

Le début de ma lecture ont été un peu laborieux. Pas qu’elle est été contraignante, mais le sujet abordé dans le premier chapitre m’a pas mal pesé. Nous suivons, dans un premier temps, Margido, lors d’un événement macabre. L’homme, travaillant dans les pompes funèbres, doit prélever le corps d’un adolescent qui s’est suicidé par pendaison. La scène est assez rebutante, et les détails de son apparence, son particulièrement choquantes…
J’ai espéré que le livre n’allait pas être de la même trempe jusqu’à la dernière ligne, je n’aurais pas supporté.
Heureusement pour moi, son univers mortel n’était qu’un support pour découvrir ce personnage singulier, aux émotions étonnamment modérées et contrôlées.

Chaque chapitre est repris par l’un des frères. Après Margido, nous découvrons Erlend, le cadet, homme excentrique, décorateur de vitrine pour des magasins de grands luxes, et amoureux de Krumme depuis bientôt douze ans.
J’ai tout de suite adoré ce quadragénaire loufoque, et sa collection de miniature en verre. L’amour qui se lie également, dans les gestes et les mots des deux hommes, est attendrissant, et après avoir fleureté avec la mort, l’ambiance légère de sa partie, m’a réconcilier dans mon désir de lire la suite de l’histoire.  

Et puis il y a l’aîné, Tor. Un homme robuste, fermier et éleveur de porc. Depuis toujours, Tor n’a de cesse d’exploiter la ferme de son enfance. Amoureux et passionné par son travail, il se dévoue corps et âmes à ses porcs, négligeant son apparence et sa vie amoureuse. Pourtant l’homme a une fille qu’il n’a pratiquement jamais vue.  Et des regrets…

Enfin, Torunn, la fille de Tor. Proche de la trentaine, assistante vétérinaire, et célibataire depuis peu, la jeune femme dynamique est loin de savoir qu’elle va retrouver son père et ses deux oncles, qu’elle n’a jamais vu. Et pourtant, lorsque son père l’appel pour lui dire que sa grand-mère est hospitalisée, elle n’hésite qu’un instant avant de prendre le premier avion qui la sépare d’elle.
La rencontre avec ses trois hommes va changer sa vie, et ses convictions de manière un peu brutale…

Je n’avais jamais lu de roman d’Anna B. Ragde, et je suis agréablement surprise par sa plume singulière et incisive. J’ai eu le sentiment d’un rendu brute, livré sans ornement, ni redondance. Les réactions des personnages sont crus, réalistes et familières. L’atmosphère qui s’en dégage est assez simple, et ce n’est pas une critique. Nous évoluons dans le fondement même des hommes de terre. Rurale et sauvage.

Ce premier tome est une présentation complète de cette famille atypique, caractérielle et fébrile… L’intrigue a cependant un peu de mal à démarrer et il m’a fallu un bon nombre de pages avant de me laisser porter.
Cependant, tout s’efface au profit de LA révélation du secret familial… Une bombe dans ses retrouvailles fragiles, et j’ai hâte de pouvoir me plonger dans la suite.



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tome 2 : La ferme des Neshov

Quatrième de couverture :

Trois frères que tout sépare se retrouvent dans la ferme familiale à la mort de leur mère.
Tous sont confrontés à un moment de leur vie où ils doivent faire un choix important. Tor, l'aîné, doit se décider : poursuivre son élevage de porcs ou laisser sa fille reprendre la ferme et quitter alors sa vie d'assistante vétérinaire à Oslo. Que va devenir la ferme des Neshov ? Arriveront-ils à surmonter leur différence pour recréer des liens familiaux mis à rude épreuve depuis si longtemps ?

Mon avis :

Parlons couverture :

Toujours aussi épurée, et représentative de cette fameuse ferme, décrite tout au long de ma lecture.

Une illustration qui permet à mon imagination, de pouvoir s’évader.

Parlons contenu :

Quel plaisir de retrouver la plume d’Anne B. Ragde. J’avais passé un excellent moment avec le premier tome de la saga de la Terre des mensonges et j’avais hâte de connaitre la suite de l’histoire.

Après l’enterrement de leur mère, la famille, unis pour un instant dans la même douleur, retrouve son quotidien et ses habitudes.

Tor, s’acharne tant bien que mal à la survie de sa ferme, Erlend repart au Danemark, en compagnie de son compagnon, Margido fuit son ainé, et son beau-frère derrière ses cercueils et Torunn, retourne à son quotidien, à Oslo, avec toutefois l’angoisse de laisser son père seul avec la porcherie.

Les semaines s’écoulent doucement, et différemment, pour chacun d’entre eux, et nous nous immisçons dans ce quotidien routinier relaté par la plume incisive de l’auteur.
Bien que quelques mois se sont écoulées depuis ma lecture du précédent opus, j’ai tout de suite retrouvé cette atmosphère à la fois vieillotte et familière si souvent dépeinte lorsque l’on décrit l’ambiance d’une ferme un peu défraichit. Les personnages taciturnes, l’odeur de renfermé, le manque de lumière, tout y passe pour mon plus grand plaisir. J’adore ces ambiances un peu insalubres qui renferment des souvenirs cachés.
 La ferme des Neshov est dotée de cette identité et de ce mystère. Tor, l’ainé des trois frères, est l’exemple même du fermier réservé qui voue un amour infini à sa terre. J’apprécie particulièrement la relation de cet éleveur avec ses porcs. Ces moments de labeur, de dévotion et d’amour ont donné à ma lecture une empreinte de douceur appréciable à ce genre littéraire.

Tout comme Tor, les autres personnages sont attachants, maladroits, vivants. J’ai apprécié chaque moment en leur compagnie, les doutes, les joies, les peines, les coups de gueule, tout y passe. J’aime la direction que prend cette saga, qui est en passe d’être un coup de cœur.

Et que dire de la fin en pointillé assez dévastatrice ! J’avoue hésité à enchainer directement avec la suite temps le suspense est insoutenable. Rien n’est simple dans la vie, et la famille Neshov en est l’exemple parfait. Mais c’est ce qui rend ce roman si touchant, bouleversant et émouvant.

Du grand B. Ragde !
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 tome 3 : L'héritage impossible
Quatrième de couverture : 

Torunn découvre son père, Tor, dans la porcherie, à côté de sa truie préférée. Après cette mort tragique, Torunn reprend la ferme mais la situation financière est catastrophique. Margido lui apporte son soutien financier mais reste très distant. Quant à Erlend, il semble ne pas réaliser la situation.

Mon avis :

J'avais laissé une famille déchirée et meurtrie dans la toute fin du second tome, et c'est avec avidité que je l'a retrouve.
Attention amis lecteurs, si vous n'avez pas lu le tome 2, je vous invite à sauter quelques lignes de ma critique.
* La fin perturbante et inimaginable de "La ferme des Neshov" m'avait laissé surprise et amer. Comment cet homme avait-il pu se suicider, alors que sa fille allait accepter son offre ! Et que dire de l'état dans lequel elle l'avait retrouvé... Mangé par ses truies... un peu écœurant je dois le reconnaître...*
Toujours est-il que face aux événements, Torunn ne pouvait rester insensible, et un peu malgré elle, bien qu'elle avait souhaité reprendre l'héritage familiale, la jeune femme s'enlise dans les tâches monumentales de l'élevage de porc.

Outre les différentes corvées, réalisées par elle et Kai Roger, Torunn doit également s'occuper de son grand-père. Personnage fantomatique, dépressif, et inactif, le vieil homme subit sa vie, et son quotidien avec sa petite fille. Comment ne pas avoir honte de son état, de son manque de vigueur et de sa dépendance aux autres ? 
J'ai beaucoup aimé se personnage. Peut-être est-ce dû au lien qui munit à lui, à travers mon métier... Son histoire, ses faiblesses et sa honte m'ont profondément émue et attendrit. C'est un personnage secondaire, qui a sa part de secret (et quel secret !). 

Nous retrouvons également les autres membres de cette famille déstructurée. Cet oncle homosexuel, qui ne vit que d'amour et de champagne, et qui arrive à construire sa propre famille. Un peu délurée, mais  très attachante.
Cet autre oncle, œuvrant pour l’ultime demeure de défunts. Apaisant, pieux et qui pourtant ne sais comment se  comporter auprès de sa propre famille, de ses propres morts.

Cet ensemble d'hommes et de femmes, paumés, incapables de se soutenir, isolés, aveuglés ou faisant la sourde oreille pour se cacher des vérités blessantes, ont rendu ma lecture familière, et réaliste à la fois.
J'ai tout simplement porté une affection importante à chacun d'entre eux. Et ce grâce à cette auteur qui m'était inconnu jusqu'alors.
J'ai eu plaisir à lire ses mots, sa franchise, sa légèreté comme sa cruauté. Et je vous invite à en faire de même. Elle vous touche et ne vous laisse pas insensible...

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